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Si c’est gratuit…

… C’est vous qui êtes le produit!

 

Cette maxime n’a jamais autant été d’actualité. Les offres de produits ou services “gratuits” ne datent pas d’Internet bien sûr. La méthode marketing consistant à appâter le client avec un produit gratuit est vieille comme le monde. Internet l’a modernisée au début avec les sharewares ou freewares/premiumwares. On vous offre un logiciel gratuit avec des fonctionnalités et/ou une durée limitées. Le but étant de vous convaincre d’acheter la version payante, soit parce qu’il vous manque justement la fonction qui fait partie de la version payante, soit parce que le logiciel est tellement “génial” que vous ne pouvez plus vous en passer à la fin de la période d’essai. C’est la méthode somme toute classique de l’échantillon gratuit.

Là où Internet innove réellement c’est dans la collecte d’informations personnelles et privées qui devient un modèle économique à part entière et une véritable mine d’or pour certaines entreprises. A tout seigneur tout honneur, je vous parlerai surtout de Google dans cet article. Mais les autres ne perdent rien pour attendre.

Je vais commencer par une petite anecdote pour bien illustrer le propos.

De nombreux Américains sont de grands amateurs d’un café le matin avant de se rendre au travail. Et pour prendre ce café très nombreux sont ceux qui se rendent dans un Starbucks Café à proximité de leur bureau. Tellement nombreux que ce succès devient un handicap pour l’entreprise. C’est très désagréable de faire la queue, et les Américains comme les autres apprécient modérément. Or cet engouement du café du matin pris chez Starbucks provoque des queues interminables  et donc de très longues attentes.

Starbucks va alors avoir une idée géniale. L’entreprise propose une application à ses clients. Grâce à cette application, le client passe sa commande (consommation et lieu du Starbucks Café où la retirer) à l’avance de chez lui, pas sur la route hein, c’est très dangereux d’utiliser son smartphone en conduisant. Et Starbucks s’engage à ce que votre temps d’attente pour retirer votre consommation soit inférieur à 5 minutes. Seule contrepartie demandée, vous laissez la localisation active sur votre smartphone. Génial non? Plus d’attente à l’arrivée, une commande toute fraîche (enfin chaude en l’occurrence) et prête quelles que soient les conditions de circulation pour vous rendre au point de retrait!

Comment ça marche? C’est tout simple. Le Starbucks Café de retrait est averti de votre commande. Les données de géolocalisations pendant tout votre trajet sont transmises par votre smartphone à Google et quand vous arrivez dans un rayon de 5 minutes autour du Starbucks Café choisi celui-ci est averti que vous approchez et qu’il est temps de préparer votre commande. La prouesse technologique est admirable, si, si je vous assure. Traiter une telle somme de données en temps réel émerveille l’ingénieur que je suis.

Bilan tout le monde est content:

  • Vous êtes content, vous ne faites plus la queue et toutes les opérations fastidieuses, commande et paiement, se font au calme confortablement installé chez vous.
  • Starbucks est content, vous avez une image positive de l’entreprise et de son sens du service. Vous les recommanderez volontiers à vos proches.
  • Google est content, il vient de collecter tout un tas d’informations sur vous et vos habitudes qu’ils pourront revendre à tout un tas d’entreprises.

En effet grâce à cette petite application, Google a accès à :

  • Votre identité
  • Vos habitudes de consommation le matin avant le travail
  • Vos horaires approximatifs de début de travail
  • Votre adresse
  • Votre trajet habituel maison-travail (et si vous ne coupez pas la localisation après être passé prendre votre café, Google connaît l’adresse de votre employeur)
  • Le nombre de personnes vous accompagnant sur ce trajet
  • La fréquence de vos passages chez Starbucks Café

Et tout ça sans vous le demander! C’est vous qui volontairement avez accepté de raconter tout ça à Google. Vous vous souvenez quand vous avez cochez la petite case disant que vous acceptiez les conditions générales du service? Et bien c’est là qu’en échange du service “gratuit” vous avez accepté.

Et Google ne va pas laisser dormir cette mine d’or bien entendu. Il va s’en servir pour cibler de la publicité à vous envoyer pour les enseignes qui sont sur votre trajet domicile/travail, affiner les habitudes de consommation de ses catégories socio-professionnelles et mieux cibler la pub qui sera vendue à ses clients payants, etc.

Qui aurait imaginé que vous alliez volontairement accepter de vous laisser espionner  dans votre vie quotidienne à ce point? Soyez honnêtes, pas vous quand vous avez coché cette petite case, n’est-ce pas? D’ailleurs vous ne les avez pas lues ces “conditions générales du service”.

Au passage Starbucks aussi récupère des informations sur les habitudes de consommation de ses clients qu’il pourra habilement mettre à profit pour cibler des promotions, adapter sa gamme de produits et optimiser ses stocks.

J’ai choisi cette histoire (vraie) pour bien vous montrer que c’est parfois sans vous en douter que vous fournissez des renseignements à Google ou à Facebook. Une des façons les plus banales c’est de surfer sur Internet tout simplement. A chaque fois que vous faites une recherche sur le moteur de recherche Google, celui-ci enregistre vos recherches, vos mots clefs et les sites sur lesquels vous allez dans les résultats qu’il vous présente. Là on comprend aisément, vous vous adressez directement à Google.

Mais il y a plus insidieux, Google Analytics vous connaissez? C’est un outil de statistiques de fréquentation que Google met “gratuitement” à disposition des Webmasters (comme moi) pour leur permettre d’analyser la fréquentation de leurs sites Internet et donc de les optimiser en conséquence. C’est un des meilleurs outils de ce type et qui est vraiment très utile quand on sait un peu s’en servir. Une immense partie des sites Internet l’utilise donc (celui-ci aussi entre autres). Bing, le moteur de recherche de Microsoft a bien entendu son équivalent. Et bien cet outil collecte tout un tas d’informations sur vous au passage, les pages d’où vous venez avant d’aller sur un site, celles que vous visitez dans le site, celle où vous allez en quittant le site, etc. Voilà tout ça pour vous dire que même si vous n’utilisez pas Google pour faire vos recherches, Google vous retrouvera quand même et saura quels sites vous avez visités… et vous enverra la publicité de ses clients payants la mieux adaptée à vos recherches et à vos habitudes.

Il y a  théoriquement un dispositif mis en place pour empêcher les sites de suivre votre activité, c’est le “Do not track” (ne pas suivre). C’est un simple et unique bit qui est transmis aux sites Internet et qui indique que vous ne voulez pas être pisté. C’était simple et efficace en théorie. C’était trop beau! En fait ce dispositif fonctionne sur la confiance que vous faites aux sites et cela ne marche pas, la plupart des sites ne respectent pas cette demande de votre part et vous ne pouvez rien y faire. Pour bien illustrer ce que je viens de vous dire voici le message qu’affiche Chrome (Google) quand vous activez le “Do not track”.

Et si vous cliquez sur En savoir plus, et bien… Vous n’en saurez pas vraiment plus. Dommage non? C’était un sujet intéressant. De fait ce dispositif date de 2009 et comme par hasard Google a fait de la résistance. Il a attendu 2012 et a été le dernier à le mettre en place sur son navigateur vedette. Navigateur qui est de loin le plus utilisé.

Pour vous donner une idée de la façon dont les acteurs d’Internet traitent le “Do not track” voici ce que font les éditeurs de navigateurs (source Wikipédia).

 

NavigateurSupport depuisValeur par défaut
FirefoxFirefox 5Désactivé
Google ChromeChrome 23Désactivé
Internet ExplorerIE9IE9: désactivé
IE10: activé
Safariv5.1Désactivé
OperaOpera 12Désactivé

Plus efficace il y a le blocage des cookies que vous pouvez mettre en œuvre simplement sur votre navigateur. En effet ce sont des cookies qui permettent ce pistage de votre navigation. La législation française et d’ailleurs européenne oblige à avertir les utilisateurs de l’utilisation de cookies. Oui mais voilà… Les cookies ne servent pas qu’à cela et ils peuvent être indispensables pour vous proposer des services complémentaires qui sont fort utiles et si vous le faites certains sites risquent de ne pas fonctionner correctement voire de pas s’afficher du tout. Un exemple? Je suis en train de mettre en place un système de prise de rendez-vous en ligne sur ce site. Il sera bientôt opérationnel et vous simplifiera la vie pour me contacter. Et bien il utilise les cookies! Aucune volonté malveillante de ma part, juste le souhait d’offrir un service client le plus efficace possible.

Tous (ou presque tous) les services gratuits que vous trouverez sur Internet relèvent de la même logique.

Ce sont vos informations personnelles qui seront revendues ou utilisées pour rentabiliser le service.

Une seule exception: Le monde du logiciel libre et des contenus libres de droits qui eux relèvent d’une autre logique dont j’aurai l’occasion de vous reparler.

En attendant voici quelques outils utiles pour éviter de raconter sans le savoir ou le vouloir votre vie à Google.

Pour commencer les moteurs de recherche qui s’engagent à anonymiser vos recherches et à ne pas en garder la trace, voici les trois plus connus. Si vous en connaissez d’autres n’hésitez pas à en faire part à tout le monde en commentaire.

Mon préféré d’abord : Lilo. Il est français, efficace et en plus à chaque recherche vous gagnez une goutte d’eau, que vous pouvez redistribuer à une association de votre choix et contribuer ainsi à son financement. Son fonctionnement est très simple, il effectue votre recherche sur les principaux moteurs dont Google de façon anonyme et ensuite vous les présente. Il s’engage à ne pas garder de traces de votre recherche. Je vous assure l’essayer c’est l’adopter.

Sinon qui donnent de bons résultats, il y a aussi Qwant qui est européen et DuckDuckgo qui est américain. Ils sont fiables pour la protection de votre vie privée.

Ensuite il y a des gens qui ont pour but de “dégoogliser” Internet et veulent offrir des services équivalents à la myriade de ceux proposés par Google. Ils s’appuient sur des logiciels libres et s’engagent à ne pas utiliser vos données personnelles. Jetez y un œil ça vaut le coup et vous verrez que plein de choses peuvent être faites sans que vous soyez obligés de tout dire sur vous-même et vos proches à Google ou à Facebook. Pour en savoir plus c’est par là.

Et ma conclusion reprendra le titre pour que vous conserviez bien cette idée en tête. Je vous la fais en anglais cette fois : “There is no such thing as a free lunch” que l’on peut traduire par “Un déjeuner gratuit, ça n’existe pas”. Alors la prochaine fois que vous cocherez la case ou cliquerez sur “J’accepte”, soyez conscient de ce que vous acceptez.

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